/ blanche par-dessus la mer /
/ extrait de la plaquette / contre-allées /
La ville ne bouge pas, lente éternellement dans son enceinte huileuse, protégée sous l'immense aile luisante des mouettes, toute entière édifiée en brisant.
La terrasse des Remparts
Hôtel des Remparts. Ses faces enduites de chaux exposées au vent écaillées par endroits
La trame sombre du torchis des chambres aérées par le front de mer.
Le suintement des matelas
éponges gonflées du sel, des goémons de l'amour. Les carreaux couverts du frai de la mer.
Janvier, février, mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre
C'est toujours le même mois
vaste, venteux, heureux.
Gravir les cinq étages par l'escalier étroit et obscur. On accède à la terrasse : une plate-forme carrée surplombe la ville étirée vers l'est, l'embouchure de son port et au-delà, l'énorme masse d'eau étalée à l'ouest, sur la brume atlantique.
Du côté de la terre
à perte de vent
le puissant horizon du Souss habitable et désert.
J'ai passé la journée sur le promontoire. Accoudé à la rambarde,
je mesure la mort
je dévore le vide
j'effeuille le paysage entre mes doigts
Chaos de lignes vagues.
Une composition anarchique de toits plans et de minarets, les antennes obliques, les croisées, les cheminées, le Bastion Nord qui est peut-être le Bastion Sud, les canons alignés de la Skala, postés entre les dents massives des remparts.
J'accueille le désordre
la dispersion des plans, des feux.
Le renoncement au seul scintillement
ouvre tous les possibles.
Ici
on fait mouiller le linge au vent
on laisse s'envoler les prières.
Je fixe à m'y aveugler l'immense miroir solaire que projette en contrebas l'armée de vasques rocheuses. Réconcilié, je me noie dans l'image de ma destruction, déchiré parmi les rochers où se heurte ma tête, où tout mon corps se brise dans le silence.
(...)
© Romain Verger / Contre-allées