/ zones sensibles / 2006 /

Romain Verger écrit des poèmes, Décharge en a publié, il y a peu. On pouvait déjà noter chaque fois une construction qui caractérisait déjà sa production. L’ouvrage présent est un roman. C’est toujours difficile pour moi de passer de la critique de poèmes à autre chose et souvent le passage pour l’auteur dans un genre plus ambitieux n’est pas obligatoirement couronné de succès. Là, je dois dire que le livre ne m’est pas tombé des mains, ce qui est un test en soi et que j’ai été assez sidéré par la qualité de l’écriture et l’intérêt que j’y ai porté puisque j’ai lu sa petite centaine de pages en très peu de temps. Je reproduis la photo de couverture signée Thomas Legrand sans trop savoir si le noir et blanc ne va pas en estomper la force. En tous cas, ce poulpe brun posé sur la chaise métallique dorée matérialise assez bien l’esprit du roman. Je ne vais pas déflorer l’histoire sous peine d’en affadir le charme, mais on glisse irrésistiblement d’un espace bien réel, avec des ancrages circonscrits à un no man’s land mystérieux, préparé par quelques signes précurseurs, avant de rejoindre une exterritorialité fantastique où la part poétique n’est pas bien entendu absente. L’expression est précise, rigoureuse, prégnante. On pourra penser à quelque étude psychanalytique pour tenter de comprendre cette attirance indéniable pour le monde marin. Un chose est sûre, ce roman résonne aussi bien dans les veines que dans la mémoire.

/ jack morin / Décharge / n°129 / mars 2006 /