/ premiers dons de la pierre / 2003 / "Avec Chauvet, lirreprésentable gouffre du temps soudain ouvert expose brusquement lhomme daujourdhui à son double, le rappelle à la permanence quand il se croyait autre." Une étrange fascination lie lhomme daujourdhui aux premiers poètes de la grotte Chauvet, responsables il y a trente mille ans de fresques pariétales. Par le silence, par les représentations graphiques de la vie antérieure (et notamment animale), par le travail du temps sur la pierre (concrétions, fissures, suintements) se constitue un vaste maillage dont les ressorts se nomment mémoire, imagination, enfance. Cest tout lart de Romain Verger de nous faire sentir le temps et sa durée, incarné dans les fresques pariétales : "Pendu au vide, tout entier accroché aux mâchoires de lénorme gueule du temps, le monstre de Chauvet dans le mouvement tendu de la durée." La vision des représentations murales alliée au travail de la mémoire et du rêve nous restituent lhomme, nous le dévoilant (hier comme aujourdhui) avec ses peurs, ses hantises et ses pulsions, étrangement semblables. Sur ces parois de Chauvet sinscrivent tout autant des façons de peindre, des façons de chasser que des façons de vivre. À ces dons de présence (ou parfois ces rites chamaniques), à cet éblouissement dimages répond le poète et sa logorrhée qui vomit les mots : "Baptême de chairs / incise dans la nuit / vider ce charnier de mots / qui nen finit pas de moi." Les monstres enfouis profondément en nous réapparaissent à la lecture des images et de leur violence : "Paroi griffée entaillée / coursive deffroi et de jouissance / paroi pour lexpression, leffraction / havre illettré de violence". Premiers dons de la pierre, des vestiges lumineux de lorigine aux obscurités daujourdhui." / gérard paris / les cahiers de larchipel / n°48 / | ||