/ écrit du ban du monde /
/ pleine marge / n°38 / 2003 /
Version abrégée de celle parue dans la revue Pleine marge.
Poème à l'origine du roman zones sensibles.
1.
Demain, j'irai à la mer
rien n'empêchera le départ
de m'échouer dans la mer
et l'aller
d'aller à la mer
avec ou sans moi
l'un suturant l'autre.
Jirai au chevet des choses
chancelant
à la levée des marées
des phénomènes.
Et la croissance du noir
dénudait la ville
balnéaire sans saison.
2.
Dans la nuit, la grande machine s'ébroue, m'avale et m'emporte.
Une torsion de l'air, un peu de sang sur la vitre, brossé par le vent
des moucherons
amortir le choc de l'homme à la mer.
3.
La gare de triage se ramifie dans le noir, métire, me disperse, maiguille.
Passée la gare de triage, le chat de sept heures cinq crevé par le flanc n'en finit pas de maigrir, n'en finit pas de durer. J'ai froid dans sa fourrure avec ma langue caillée dans son corps.
Mes cheveux sont pris par le coin écorné d'un papier collant qui sert de fond à des écrits obscènes, gravés sur du skaï.
Les milliers de voitures Peugeot de l'usine, empilées, enfilées comme des perles de couleur sur le rail, la mousse qui crépite dans ma banquette éventrée dont je retrousse discrètement les lèvres et en tire le long et maigre fil des conversations mortes.
4.
Des corps tombent des porte-bagages
des tas de morts
semplilent
venus doù chercher quoi
comment entrés comment tués
.......................
Tous ces mots qui n'en finissent pas de meubler
de me meubler
ameublir les mots
attendrir leur viande sur mon dos
(...)
© romain verger