/ entomologies / août 2007 /

Ces insectes ont été collectés ces derniers jours, mis en situation et scannés. Ce sont de brèves entomologies, telles que j’ai pu les rêver en observant la manière dont chacun m’était apparu : en sont issus la rencontre mimétique de deux mouches et de deux araignées, comme une réminiscence mortifiante de Narcisse, le dépouillement d’une coccinelle verte de ses oripeaux et vanités ou l’affrontement d’une mouche et d’une coccinelle insatisfaite de ses ailes. C’est aussi un clin d’oeil aux moustiques, pince-oreilles, mouches ou araignées de Christophe Spielberger, aux belles analyses anthropo-entomologiques de Roger Caillois dans Méduse and Co et à la passion d’Henri Michaux pour les insectes. A 12 ans, celui-ci préfère observer les "combats de fourmis dans le jardin". C’est ce dont témoigne Géo Norge, un camarade de pensionnat : "tandis que Closson était déjà tant épris de littérature, Michaux donnait toute sa passion à l’écriture chinoise et au monde des insectes. Il retirait souvent d’une enveloppe quelque coléoptère écrasé qu’il avait découvert dans un chantier voisin. Il le soupesait, il l’examinait longuement avec un petit verre grossissant dont il ne se séparait pas." Bel éclairage qui associe insectes et signes, comme si le futur poète trouvait dans ce monde grouillant une langue balbutiante, mobile et incarnée, "tournant le dos au verbal". Sans doute ces observations ont-elles fait germer en lui ses premières "narrations", titre de l’un de ses premiers dessins, sorte d’abécédaire imaginaire, planche remplie de pattes de mouches. Petites histoires qui en féconderont d’autres, dans les textes ou les grandes encres, plus étoffées, plus délirantes aussi, comme "Quelques jours de ma vie chez les insectes" (tiré de Face aux verrous) où une colonie d'insectes offre au narrateur le privilège de partager ses nuits avec une immense chenille à la sexualité vorace. © romain verger