| / est-ce de la chair enfin / / pleine marge / n°38 / 2003 /
Une figure émerge dun océan orange, biffée, prise dans le fond qui est sa matière, son sang délayé par le monde alentour, passé, du rouge à lorange, silhouette imperceptible qui peine et dont le seul effort consiste à soutenir la ligne brisée qui la distingue du fond et voudrait len arracher.
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La ligne de ses bras départage lespace en un dessus et un dessous. Sombre dessus, nuit calleuse, amassée jour après jour, noir de mars brossé, drossé à la côte. Sédiment que rien ne pénétrera, ne traversera. Au-dessous, au beau milieu du buste, laréole élargie en nombril et le nombril en bouche, engloutit goulûment lair protéiné.
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Ce nest pas le mouvement qui épuise mais son échec constamment répété, recouvert, stratifiant la surface en gestes à exhumer, préhistoires incises dans la trame du présent.
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Larchéologue fouille, déterre le jour, met la terre en bouche. Moi, jenfouis, jenterre, vouant chacun de mes gestes à la nuit. Alors ma nuit entre dans une autre nuit, elle la saisit et sy unit avec violence. Emmitouflé dans la toile, jétouffe la nuit dun autre.
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Peindre est une activité de pure perte. Perdre, séminalement parlant, couper, griffer la peau humide et le sang aussitôt coule.
Il nest pas de monde plus vascularisé quune toile à laquelle on donne, couche après couche, un épiderme dans lequel on taille et on se fraye sa vie.
Toujours gâcher de grandes quantités de peinture pour perdre ce qui na pas été jugé digne de demeurer, son informe toujours plus informe. Passer dessus, par-dessus, le disperser dans la mer acrylique, se perdre.
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Je suis toujours partagé entre la figuration et le paysage. Trancher est une erreur. Mieux vaut sétaler la terre dessus, ou sétaler à perte de portée.
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Comment déboucher tout entier dans le paysage ?
Toucher le bois dans los et los dans le bois autrement que dans les bois du cerf.
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Ecrire, peindre faire face au dos des choses paysage improbable montagne ossuaire nuage ou mer qui se vide à son tour dans lécrit la peinture.
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Un peu de rouge à terre, parmi le bleu vorace. Tombé du ciel ou qui sourd de la terre, un peu de rouge penché vacille.
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La peinture parfois pue. Mélangeant trop de couleurs ou trop longtemps, triturant, pétrissant incessamment la pâte, voilà que le couteau dans le liant senfonce mollement dans les boyaux dun cadavre.
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Étal de travers, de longes, déchines et de palettes. Paysage ou le corps sétale et danse, nu parmi les nues mauves et roses.
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Est-ce de la chair enfin qui devant moi se lève péniblement de la toile, un rideau de fer qui s'écoule et déborde sur le sol ou tout simplement moi, debout dans le tremblement, grandi sous les décombres de l'aube?
© romain verger
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