| Dialogue entre le sculpteur et ses modèles, carnet à l’image de cette élaboration commune de l’oeuvre dans l’alternance des témoignages de Pygmalion et de Nicole, Hélène, Ginette, Miléna, Mariknecht... Chaque empreinte doit porter trace de cette préoccupation du modèle, de la haute considération de son corps à enregistrer : "il est, de fait, un partenaire à part entière et un des pôles majeurs d’une situation, où se règlent d’autres questions qui échappent à la fabrication de la peinture ou de la sculpture". A chaque fois se rejoue la "symbolisation du désir" comme se posent les motivations complexes de ces sujets qui vont naître à eux-mêmes de l’argile prométhéenne et qui souhaitent tout à la fois, et inconsciemment, se confronter à l’expérience de leur mort. Ils n’en prennent en effet pleinement conscience qu’au moment de la prise du plâtre, de l’étouffement, du malaise, au moment crucial où, de la révolte ou de la retenue de leur corps claquemuré dépendra l’échec ou le succès de l’oeuvre. Désir confus d'une reconnaissance de soi mêlé à la vexation psychologique inhérente à la vision sidérante que le modèle a de son double, à l’angoisse là encore mortifiante qu’il génère. Analogon exact contrairement à l'image spéculaire qui ne donne jamais de soi qu’une image partielle et inversée. Comme le dit Gérard Bignolais, ce n’est qu’après l’extraction du plâtre ("placenta de la sculpture"), dans la révélation du positif, que le modèle se trouve confronté à lui-même, à sa vérité anatomique ô combien perturbante : son corps figé, blanc comme un linge et qui a malgré tout capté jusqu'à sa chair de poule. Épreuve partagée où le démiurge n’est pas en reste puisque le démoulage le fait basculer dans la "dureté", la "déprime", ravive "la relation à (s)on propre corps, à (s)a propre image", ces douleurs de "banderilles qu’(il) traînera jusqu’à la fin".
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