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Photographe coréenne, Haijun Park a longtemps séjourné à Los Angeles, ville où elle se ressource régulièrement depuis quelle sest installée à Paris. Observatrice des fictions américaines et de lAmérique fictionnelle, la photographe propose ici Night fair, une série de photos inspirée des fêtes foraines : Un instant de rêve, 1€ la partie, Satan salsa, Bandit bank... quelques oeuvres, parmi dautres, qui élargissent le spectre de lAmerican dream (autre série de lartiste) et le dépassent simultanément en captant les visions dun ailleurs intemporel et non localisable.
Stands de tir, circuits, auto-tamponneuses, trains fantômes, attractions habituellement habitées de lumières crues et criardes, que la photographe surexpose encore, donnant à ces scènes la patine tout à la fois floue, irradiante et hyperréelle du rêve, de lhallucination. Comme lartiste le dit elle-même, il sagit dun univers à proprement parler photographique, "un lieu à la fois féerique et inquiétant, magique et fantomatique, qui émet sa propre lumière dans le scintillement des enseignes lumineuses. Un lieu propre à la photographie, aux « photos » et « graphos », lécriture par la lumière." Attraction irrésistible pour la lumière de ces badauds magnétisés, aimantés comme des papillons par ces façades phosphorescentes et fulgurantes. Ivresse photomaniaque qui nest pas sans rappeler le diagnostique de Baudrillard : lobsession américaine pour la dépense énergétique : "La hantise américaine, cest que les feux séteignent. Les lumières brûlent toute la nuit dans les maisons. Dans les tours, les bureaux vacants restent illuminés. Sur les freeways, en plein jour, les voitures roulent tous phares allumés... on naccepte pas de voir sinstaller la nuit ou le repos. (...) Luxe idiot dune civilisation riche, aussi anxieuse de lextinction des feux que le chasseur dans sa nuit primitive" (Amérique).
Mais ces clichés dépassent toute inscription géographique, comme ils brouillent aussi tout discours qui se voudrait exclusivement centré sur une problématique contemporaine. Il sagit pour Haijun Park de faire apparaître "un lieu connu, reconnu, reconnaissable entre mille. Là où la lumière se sépare des ténèbres, cest un lieu qui nous parle et où sexprime linconscient collectif, là où la nuit est un gangster étoilé. Un lieu que lon visite, un archétype à revisiter."
Toute fête foraine ravive en nous la mémoire des foires, du carnaval, des festins sucrés, dune enfance personnelle ou collective, sorte dâge dor où la profusion est intarissable, où chaque partie, chaque tour de manège sont promis à se répéter inlassablement, à se perpétuer dans un cycle sans fin de plaisirs, de sensations, de tentations. Univers onirique, féerique où létrange est susceptible de surgir à tout moment du kitch, où le rêve ne demande quà sinfléchir en cauchemar, carrefours des rencontres les plus improbables : chasseurs dours en peluches, bananiers dressés sur pistes édéniques, transfigurés en arbre de la déconnaissance, trains fantômes déployés dans la nuit du cul dun camion, perroquets, tigres et nounours empaquetés, suspendus au plafond comme des jambons. Scènes, fantasmes ou mirages que traversent les anges en lévitation.
© 2007 / romain verger
/ haijun park / photographe /
/ exposition / du 24 au 19 mai 2007 /
/ galerie le simoun / 78, rue de Miromesnil / 75008 paris /

