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Que traîne-t-elle loin des boqueteaux et des taillis clairs, dans la carcasse de lhiver, cette lépiote mamelonnée, crépue, déguenillée, je ne sais son nom ni son espèce car elle ne parle pas, toute occupée de ses écorchures, de shabituer à habiter ici, dans mon jardin, reprisant ses écailles sous mes feuillets, se rapiéçant lépiderme autour des entrailles, brouillant la saisonnalité.
Attablés, ils nont pas attendu longtemps pour me rappeler cette empoisonnante affaire de téléphone : ça fait des semaines quen cherchant à me joindre sur mon téléphone portable, on tombe sur la messagerie dun certain Jean-Marie. Quy puis-je... Peut-être faudrait-il que jaille consulter la messagerie de cet inconnu, pour y récupérer les mots de mes proches... Et pourtant, depuis le premier jour, je nai pas cessé den avertir mon opérateur : ils reconnaissaient lerreur. En composant mon numéro, on tombe bien sur la messagerie dun Jean-Marie. Leurs tests le confirment mais ils ne peuvent ni lexpliquer ni remédier au problème : "Il ny a pas danomalie de réseau". À chaque fois, jattends des heures, passant de disque en musique, de message en choix multiples, de standardiste en responsable, dopératrice en technicien, dépensant des fortunes en communication. On me déroule invariablement mon historique, chaque jour plus long : les dates, les heures, le motif de mes appels, tout cela consigné sur leur écran. Et à défaut de pouvoir arranger les choses, ils en semblent fiers : tout est pris en compte, on peut au moins se raccrocher à ça, on a quelque chose à se mettre sous la dent, des preuves de mon existence. Ils ont la manière. On ma déjà changé mon téléphone, mon numéro trois ou quatre fois, sans succès. On comprend mon agacement, on compatit. Jai même fini par résilier mon abonnement jai changé dopérateur. Rien ny fait : composant mon numéro, on ne tombe jamais sur moi, toujours sur la voix enregistrée de Jean-Marie.
De la mort dHéraclite : Diogène Laërce rapporte que "vers la fin, Héraclite sombra dans la misanthropie et sen alla vivre dans les montagnes, se nourrissant de plantes et dherbes. Quand, à cause de ce régime, il eut été frappé dhydropisie (*), il redescendit en ville pour demander aux médecins, sous une forme énigmatique, sils pouvaient transformer des pluies en sécheresse. Ceux-ci ne le comprirent pas. Alors il sen alla dans une étable senduire de bouse de vache en comptant que leau sévaporerait sous leffet de la chaleur. Mais il nobtint rien par ce moyen, et donc mourut à lâge de soixante ans. (...) Néanthe de Cyzique déclare que, dans limpossibilité de se décoller de la bouse, il était resté là et que, devenu méconnaissable par cette transformation, il fut dévoré par les chiens." Sotion déclare en revanche quil aurait été guéri de sa maladie et serait mort dune autre maladie. (Les écoles présocratiques, Folio essais, p. 49-50).
Le bois est bien humide cette année, à lentendre rechigner à dévaler de la benne et faire taire les charnières, sécraser sans empressement dans la descente du garage. Des bûches humides à les lâcher des mains, les échapper, presque gluantes, et ce nest pas quil soit moussu ce bois de sous-bois, ce bois noyé de fondrières, de marécages, de tranchées. Et comment lattraper, le ranger : ça ne ressemble à rien ces morceaux coudés, vrillés, sans noeuds, à senfoncer les pouces.
Jai revu Paul aujourd'hui, après deux ans peut-être. Aucun coup de fil de ma part, pas une nouvelle. Cest au Celtic que je lavais rencontré la première fois. Un type du matin. On sy retrouvait souvent, à six heures trente, juste avant le RER. Jusquau jour où javais décidé de ne plus y remettre les pieds : le patron m'avait chié son comptoir pour deux euros. Je ne lavais pas rappelé, l'oubliant avec le bar et son patron. Enfin, pas tout à fait : une fois, javais voulu le contacter, mais au fil du temps et des rencontres, le répertoire de mon téléphone sétait retrouvé saturé de Paul, au point que, nayant pas pris la peine de les distinguer par des variantes, il était encombré dune bonne dizaine de Paul qui, si lon éliminait les doublons (Pauldom, Paulbur, Paulmob), sélevait tout de même à quatre individus. Alors, pour ne pas me tromper, javais trouvé plus prudent de ne plus en joindre aucun.
Jai attaché mon chien et suis entré dans léglise. Seul, assis, la tête plongée dans mes mains, jai dû mendormir, car en la relevant et en ouvrant les yeux, elle était bondée et le prêtre officiait. Les gens simpatientaient. Ça sagitait autour de moi et pour certains, il nétait pas question de chanter. On marmonnait, dans sa barbe, dans son col, dans les missels. Faire une messe denterrement sans corps, forcément on est gêné ! On na pas idée... Vous aussi, on vous a appelé hier ? Cest qujai téléphoné à la mairie, vous pensez. Rien, pas dinhumation prévue pour aujourdhui, et pour demain non plus, depuis quils ont interdit de décéder sur le territoire de la commune. Cest une plaisanterie dun goût... et si le culte sy met... Ce sont des façons franchement! Certains se vantaient davoir reçu un faire part. Dautres, de bien connaître le défunt. Mais alors, cest qui ? Cest qui ? Cest qui ? Un coup de fil, pour une occasion pareille, vous vous rendez compte ? Cest s'moquer du monde... Et moi, javais froid, terriblement froid, le sommeil mavait glacé et impossible de me réchauffer. Lagitation ny changeait rien et je ne pouvais quitter ma place sans faire évacuer toute la rangée. Transi, les membres gourds, je pensais à mon chien laissé seul, que javais attaché, des heures, des jours plus tôt peut-être.
Trois semaines quelles sont là, sans bouger, au chaud, bien implantées en moi. En somme, une châtaigne dans sa bogue, comme si elles avaient fait de mon corps leur test, narguant le sol de leur oeil noir incarné, et moi-même parfois, lorsque me contorsionnant, je parviens à les apercevoir. Aussi ai-je attendu en vain jusquici, me pliant docilement aux conseils du médecin : ne rien faire, ne rien faire, surtout, attendre que le corps les rejette. Et si mon corps justement en avait décidé autrement... se prenant damitié pour elles et elles pour moi. Car le temps ny fait rien, elles ne veulent pas sortir, la chair ne sest pas refermée, elle les borde maternellement de ses rougeurs, les cale douillettement à ses boursouflures, dans une sorte daffection et dinfection contenue, plus démangeante que douloureuse. Jose même à présent y passer le doigt, chose impensable alors, dans un sens puis dans lautre, comme à la crête dun peigne ou dune chaîne daiguilles. Manière dapprivoiser loursin en moi.
Je lai revue, ce matin encore, sur le chemin qui mène au jardin denfant, et sans la reconnaître, une fois de plus, elle et son chien, un grand bâtard noir. Promenant le mien, javais eu un jour le malheur de lui demander sil était méchant. En ces temps où les chiens saffolent vite et dévorent par paquets les enfants, je nétais pas rassuré, non pas tant pour mon compagnon que pour moi-même, car à trente-cinq ans, je suis encore traversé par des courants dune grande puérilité. Elle avait pris les choses pour elle assurément, et mal encore, alors cétait parti de là, et bien men avait pris, et plus encore lorsque le lendemain, la croisant de nouveau sans la reconnaître, javais posé ma question et la reposant encore, les jours suivants, elle me rappelait dun ton enragé, elle et son molosse à son bon souvenir, maboyant après, pendant que nos toutous se reniflaient courtoisement lanus. Je ne sais ce qui me les faisait oublier chaque fois, ces deux-là, car dinsignifiante quelle était au départ une femme quelconque, sans chien, toujours perdue dans un gilet noir dhomme elle avait gagné, par sa vulgarité et son acharnement à minsulter, une certaine épaisseur, sans doute insuffisante pour marquer ma mémoire. Encore que ce matin, il fallait la voir savancer, sarrêter, menvisager puis repartir, les ailes du nez froncées, se déporter sur le côté en retroussant les lèvres.
Akène : du grec khainein : s'ouvrir. Fruit sec, indéhiscent. / Mainate : oiseau frugivore noir capable d'imiter la voix humaine. Et ce matin, après m'avoir longtemps parlé, l'oiseau mourut de faim.
Il en sort depuis des jours, de ce garage, toujours les mêmes, dentre les portes grand ouvertes du garage den face et jusque tard le soir, dans le froid des nuits des derniers mois, leurs sacs de plastique blancs noués, et ce nest pas du sang de quelques membres tirés don ne sait où, car rien nen coule, rien, rien de cela, cest même plus inquiétant, comme de lair quils tirent de là, quils soutirent aux battants grand ouverts den face.
Que ceux qui sont victimes des grèves se consolent : ils manqueront ainsi Le train de l'abattoir de Clive Barker.
Gravissant lerg, j'ai trébuché sur une tête. Cest ainsi quau Sahara, des hommes et des femmes se font ensabler pour soigner leurs rhumatismes. La tête aussitôt, du bas de ses quelques décimètres, proteste. Puis trois autres, posées tout autour comme des ballons (on les enterre en cercle pour faciliter les conversations), ne tardent pas à sen mêler, dans dinsupportables pépiements gutturaux, dautant plus forts que le geste, pris dans le sable, ne peut relayer la parole. Que voulez-vous... Je ne les ai pas vues, et il ny a plus moyen de les arrêter. Comment tenir sans les faire taire dautant que je suis venu chercher là du silence les recouvrir, ces têtes bruyantes suant la colère et lenvie den découdre. Du pied pousser le sable vers leur bouche, dedans, le leur faire mordre. Elle se taisent enfin. Bientôt, plus un cheveu, plus un chech ne dépasse du sable. Et à présent, il faut partir, oublier ces voix étouffées, ces plissements du sol mouvant derrière soi.
Observant les statistiques de fréquentation de mon site, je maperçois que mes plus fidèles visiteurs sont les moteurs de recherche. Dès lors, je ne cesserai plus de vouloir leur plaire en les abreuvant de tags. Et ils ne tarderont pas à men redemander. Un jour viendra où nous pourrons nous voir, eux et moi, face à face, à la terrasse dun café, pour échanger quelques humanités et pour ma part, les remercier chaleureusement de leur indéfectible fidélité.
Et ce nest quà présent que jen suis là, dans cette nuit épaisse à des heures de marche aveugle, dans ce cul-de-forêt sans ciel, sans étoile, sous les branchages, avec cette chose horriblement familière à mes côtés, à lhaleine de feuilles macérées, deau de vase fanée, que me reviennent la table et mon ordinateur...
Ce sont eux ! eux, te dis-je ! remontant les bois pourris en grappes irrégulières dalgues, des vésicules anfractueuses de la nuit venus quand nous dormions. Ne tai-je pas dit quil avait plu, et plus que de raison.
REGISTRE : Cahier sur lequel on note des faits, des noms, des chiffres dont on veut garder le souvenir.
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Derniers jours pour aller voir les Suppliciés de Maurice Rocher, à la Galerie Pierre Marie Vitoux, 3 rue d'Ormesson, Place Sainte-Catherine, 75004 Paris. Et la rétrospective Alfred Kubin du Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, jusqu'au 13 janvier 2008. Présentation sur Psychovision.
L'artiste peintre Cindy Wright, sur son site personnel ou à la galerie Mark Moore.
Le 9 novembre dernier, l'émission Paludes (Radio Campus) était consacrée à Alfred Jarry, à l'occasion du centième anniversaire de sa mort.
Visual acoustics : pour que votre souris se change en femme orchestre.
Le site littéraire Pleut-il est en sommeil depuis plus d'un an. Sommeil paradoxal sans doute puisqu'un système de programmation détermine aléatoirement, et à chaque connexion, un texte puisé dans son fonds. Certains sites laissés à l'abandon ne sont donc pas sans intérêt : on y entre comme dans une usine désaffectée où des machines tourneraient encore, sans personne aux commandes, recyclant indéfiniment leur matière. Aussi, lorsqu'il m'arrive de visiter Pleut-il, comme quelqu'un consultant son horoscope, j'essaie de ne pas lire le texte qui m'est proposé comme le simple résultat du hasard mais comme un signe supérieur que m'adresse la machine. Voilà le type d'intéraction dont on peut rêver pour le web de demain. Encore qu'il soit bien effrayant...
La librairie Tschann et la revue L'Etrangère organisent une présentation des deux volumes que la revue a consacrés au poète André Du Bouchet (un ensemble de plus de 900 pages). Plusieurs des auteurs qui ont participé à cette publication seront présents. Aujourd'hui, à 16 h 30 à la librairie Tschann, 126 boulevard du Montparnasse, Paris 6e. On peut se reporter à la présentation de ces numéros exceptionnels par Remue.net.
Invisible cities : un poème post-apocalyptique de Julian Soto et Pretty Boy Crossover.
Pour faire le point sur l'arrivée du livre numérique (ou liseuse), on se reportera aux articles de Francis Pisani, au blog Textes et aux réserves de François Bon qui l'envisage comme un "objet mutilé", déconnecté des activités d'information et de création que l'ordinateur rassemble et assume à lui seul. On peut découvrir les premiers modèles proposés par Amazon (Kindle), Sony (Ereader) et Bookeen.
Deux vidéos de Sylvie Lécuyer : L'univers submergé d'Anselm Kiefer, en souvenir de l'exposition qui s'est tenue l'été dernier au Grand Palais. Et Nativité, d'étonnantes figures primitives exhumées du temps et de la nuit (séquences quicktime).
En hommage au compositeur et guitariste de jazz Pat Metheny, deux enregistrements en concert : "Are you going with me" (avec Lyle Mays aux claviers) pour se rappeler l'excellent double album Travels (1983) et cette sublime version de "How insensitive", reprise de "Insensatez" de Carlos Jobim.
Le 12 janvier 1983, Borgès donnait une conférence au Collège de France. Henri Michaux y assistait. Quelques mois avant sa mort. La caméra s'est arrêtée quelques secondes sur lui. C'est le seul film que nous ayons de lui.
De mémoire de pierre de Hervé Jézéquel, Purpose n°6. Après Materia prima, une série de photos minérales prises en Islande (dans le n°4 du même webmag), l'artiste ouvre sa lithothèque : des photos de rochers ou mégalithes trouvés dans les brocantes. "Petit à petit, pierre à pierre (...) je bâtis mon propre cairn, mon "tas de cailloux"." Dans le même numéro de Purpose, voir aussi le travail de Brigitte Lustenberger.
Absurda, un court-métrage de David Lynch présenté lors de l'ouverture du dernier festival de Cannes.
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Pour voir Alien american (2002), un documentaire de Alessandro Mercuri :
/ aller sur son site - avida dollars / et suivre le chemin suivant :
transmutation > documentaire > alien american
"Ni faux documentaire, ni vraie fiction, Alien american est le portrait de Basia, une habitante de Los Angeles qui affirme être une extraterrestre. Son témoignage nous plonge dans un univers à la fois féérique et inquiétant, l'imaginaire collectif américain."
Pour voir ou revoir La planète sauvage (1973) de Roland Topor et René Laloux (sur une musique de Alain Goraguer) :
/ 1ere partie /
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/ 6e partie /
/ 7e partie /
FLUX : Grande quantité mouvante.



