/ 23 / 01 / 08 /

Tous les vendredis, j’arrivais au Castel Saint-Pierre, une grande bâtisse au bord de l’Eure. Je montais quatre à quatre les escaliers, impatient de découvrir ma nouvelle marionnette. Je la trouvais couchée sur mon lit, n’attendant que ma main pour l’animer et la faire me saluer. Ensuite, nous avions le week-end entier pour faire connaissance. Je l’emmenais dans le salon chinois, dans la pièce aux ivoires et peaux de tigre, dans le parc où nous longions les haies de buis. Nous bavardions assis devant la rivière, elle sur mes genoux, ma main bien au chaud en elle, tâtant l’étoffe dont elle était faite. Nous regardions méfiants la petite maison penchée abandonnée dont on m’avait interdit l’approche. Je lui promettais que nous y rentrerions un jour, accompagnés du reste de la troupe, pour y jouer un spectacle héroïque.

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/ 20 / 01 / 08 /

Invité à dîner chez des amis, je délaissai les habituelles fleurs pour une marionnette. Non pas une de ces figures du théâtre d’ombre balinais qui jettent leurs sorts à même les murs, mais un Gnafron ; je pensais égayer la soirée, la placer sous les auspices de Bacchus et d’une convivialité bon enfant. La maîtresse de maison ne trouva rien à redire, par politesse du moins, car j’avais bien senti que le nez du bougre, d’un rouge rubirosa, ne la comblait pas autant qu’une pivoine. Le dîner se déroula de la plus belle façon. Je me flattais intérieurement de ne pas y être étranger, jetant de temps à autre un coup d’oeil à mon complice lyonnais. Mais peu avant le dessert, on frappa à la porte. Nous n’attendions personne mais un gendarme insistait pour entrer, une matraque à la main.

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/ 16 / 01 / 08 /

Je ne peux franchir les portes de ce garage sans en ressortir entièrement remanié. Ils me voient venir, avec mon air inquiet de client échaudé. Ils m’inspectent en me tournant autour, notent scrupuleusement les traces d’usure dont la vie m’a gâté. Il ne faudrait tout de même pas que je leur impute ce que le temps ou d’autres m’ont fait. Les niveaux sont bons cette fois. J’ai de quoi rire, pleurer, jouir et fulminer pour de longs mois. Mais il est une pièce, petite mais ô combien précieuse, qui rattache la tête à la carcasse, et qui donne du mou, et mes disques, usés jusqu’à l’os. C’est qu’il était risqué de continuer à vivre ainsi. Marchant et courant dans l’insouciance de la casse.

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/ 13 / 01 / 08 /

Au début, je répondais poliment à leurs mails : non, ce n’est pas moi, vous comprenez, vous confondez. Une lettre nous distingue et qui fait toute la différence. Je ne suis pas Romain Vergé : le 29 décembre 2006, j’étais chez moi, je vous assure, à trimer sur ma feuille. Veuillez me croire, et puis j’ai des témoins. C’est l’autre qui coupait la ligne d’arrivée après quarante jours, trois heures, quarante-cinq minutes et trente-huit secondes de rame solitaire. Mais un jour, alors que je siégeais à ma table, entre un poème à raboter et une côte de porc oubliée, figée dans la crème, j’ai décidé de me distraire un peu. Des gens, de plus en plus nombreux, se rappelaient à mon souvenir. On m’invitait pour me reposer de mes exploits harassants et me refaire une santé. Nous avions été à l’école ou au collège ensemble, je n’avais qu’à passer les voir à Saint-Malo. J’y serais bien reçu, en champion et fils du pays. Alors j’ai laissé pousser mes cheveux, j’ai lâché ma plume et suis parti en me laissant passer pour l’autre. Après tout, la Bretagne ne m’était pas étrangère, j’y venais souvent, enfant. Je n’aurais pas à faire beaucoup d’efforts. Et puis mes manières de rameur étaient-elles si différentes des siennes ?

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/ 08 / 01 / 08 /

Sous mon front marqué d'un fort bourrelet osseux s'ouvre ma mâchoire énorme et saillante. Je n'ai ni yeux, ni nez, ni oreilles. Je suis un homme de goût. Mon petit front bas loge un cerveau à sa mesure, petite éponge de la taille d'une orange, qui boit, qui boit, qui boit.

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/ 07 / 01 / 08 /

Phallus impudicus. Autres noms : oeuf du diable, satyre puant. "La chair est blanche, extrêmement légère, et répand à maturité, lorsque le champignon est sorti de sa volve, une odeur extraordinairement intense, que l’on perçoit de très loin, horriblement fétide, cadavérique." (Encyclopédie des champignons).

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/ 05 / 01 / 08 /

Ton cri venait de la terre, de cette terre plane et inculte dans laquelle tu étais né. Elle avait levé en toi, s’étaient enflée, gorgée de ta bile. Petit être trop humain que bridait les constructions des tiens : clôtures, corails hurlant plus fort que toi. Tu venais là mesurer l’ampleur de ta peine à celle des champs nus.

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/ 04 / 01 / 08 /

REMEDE : " "Ho ! Ho ! dit le médecin. Il va falloir fortifier tout ça. Ce qu’il lui faut à ce petit, ce sont des bains de sang, de sang frais. Il ira donc à l’abattoir."
En réalité, c’est échaudoir qu’il eût fallu dire. Tous les bouchers des petites villes tuaient alors chez eux, dans leur échaudoir personnel. C’était une grange au fond de leur cour, au sol en partie cimentée, où quelques stalles, tout au fond se laissaient deviner dans l’ombre.
C’était là que je venais. Le boucher s’appelait Parendeau. Il m’avait préparé une chaise. Je m’y essayais, bien sagement. Du fond de sa stalle, la bête meuglait déjà : quelque vache, chiche de lait ou stérile, engraissées pour la boucherie. Elle meuglait profondément, lugubrement ; à la mort, je le savais, je le savais jusque dans mes moelles. L’homme les halait au bout d’une corde. J’entendais son pas rétif, ses sabots qui résistaient un à un, qui plaquaient à chaque traction, butant à plat en quelque sorte. Je m’étais retourné à demi, je regardais les solives là-haut, les marbrures des murs salpêtrés.
Pendant ce temps, le boucher avait passé la corde dans un anneau scellé au sol.
Il tirait. La tête de la vache s’inclinait, s’inclinait, jusqu’à toucher du mufle le ciment. Elle avait sur les yeux un masque de cuir noir, épais, durement serré, sinistre. L’homme flouait la corde. Tout allait arriver. Arrivait : le coup de la masse de fer, de l’assommoir qui s’abattait, et, dans la seconde qui suivait, un peu plus tôt, un peu plus tard, mais fatal, le bruit pesant et mou du grand corps qui s’effondrait.
Le reste. Comment l’aurais-je oublié? Le couteau, l’égorgement, le bruit du sang qui jaillissait ( il eût fallu aussi n’est ce pas, me boucher étroitement les oreilles. Mais quel respect humain, quelle peur de paraître couard, sans courage, me retenait, en ce temps là déjà ? ) Le résonnement du seau de métal heurté, qui s’étouffait à mesure que le seau se remplissait, le petit grésillement de l’écume rouge qui moussait au-dessus ; et enfin la voix de l’homme, du brave homme à qui on m’avait confié : "Allons petit, trempe, là ta jambe !"
C’était chaud, enveloppant, vivant, tout pantelant encore de la de la chaleur, de la puissante de la bête. Elle gisait, la gorge ouverte, agitée encore de faibles spasmes, de brèves détentes de jambes qui allaient se raidissant, s’affaissant. Et à mesure le sang mourait aussi, froidissait, se figeait sur ma peau en un seul énorme caillot ; d’un seul bloc." (Maurice Genevoix,
Tendre bestiaire, 1969).

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/ 03 / 01 / 08 /

Aujourd’hui, certains livres de poche n’en n’ont plus que le nom. J’ai découvert récemment qu’un ami écrivain qui voyage beaucoup en train n’hésitait pas à casser en deux par la tranche ces opus intransportables. Libre à lui, après lecture et de retour à la maison, de recomposer à sa guise la plus improbable des bibliothèques.

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/ 01 / 01 / 08 /

A Montreuil, sur le trottoir de gauche de la rue R... s’ouvre un petit marché clandestin. Je l’ai découvert il y a cinq ans de cela, parce qu’à chacun de mes passages, au niveau du numéro 15, j’étais pris dans un tel nuage de fumée de tabac, qu’il ne pouvait s’agir que d’une fumisterie. Alors un jour, pour en avoir le coeur net, j’ai poussé la lourde porte en bois du porche et me suis mêlé à la foule, étroitement massée entre les vendeurs ambulants, accroupis de part et d’autre de l’étroit passage. Je ne pouvais m’arrêter tant on poussait, à l’affût de je ne sais quoi, vers je ne sais quelle destination et il m’était impossible de distinguer leur marchandise. J’essayais tant bien que mal de donner du cou et de la tête mais force était de reconnaître qu’on ne vendait rien ici de matériel, ni cigarettes à bon marché comme je l’avais d’abord pensé, ni petit électroménager, pas même des poignées de porte ou de fenêtre, fusibles ou pièces de rechange d’anciennes séries introuvables... Non, les vendeurs se contentaient de héler ça et là un chaland, de l’alpaguer par le bras pour lui souffler quelques mots à l’oreille. Et lui alors de glisser au premier quelques pièces, de se fondre à nouveau dans le flux anonyme, d’allumer une cigarette en tirant à grosses bouffées dessus, comme sûr d’avoir fait bonne affaire. Et à ce jour, je serais bien en peine d’expliquer les choses, sans que cela ne m’empêche d’y aller encore, parfois, d’entrer dans le courant en tirant sur mon clope, avec des airs d’initié, d’acheteur averti, ajoutant ma petite part à l’air indébrouillable.

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/ 27 / 01 / 08 /

Après les chutes de Skarbakka déjà évoquées ici, les vies en apesanteur de Denis Darzacq : voir les séries Hyper et La chute. Dans un tout autre esprit, Yves Marchand et Romain Meffre interrogent l'archéologie urbaine en photographiant des ruines contemporaines. Exposition de leur série "Movie Theaters : les palais oubliés du cinéma", du 31 / 01 au 12 / 03 à la Galerie Cédille, Paris 12e. Leur blog est également intéressant bien que rarement actualisé.

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/ 24 / 01 / 08 /

La correspondance Georges Perros - Vera Feyder, 1966 - 1977, récemment parue aux éditions La part commune.

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/ 23 / 01 / 08 /

"Animal logic" du photographe Richard Barnes.

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/ 19 / 01 / 08 /

Le site et le blog de James Jean pour découvrir son univers délicieusement dérangé.

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/ 16 / 01 / 08 /

A ne pas manquer : Le plus clair du temps je suis nue de Sophie Loizeau, du 16 au 27 janvier, à la Maison de la poésie. Mise en scène : Claude Guerre. Musique : David Lescot. Avec Anne Alvaro et David Lescot.

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/ 13 / 01 / 08 /

Le site de Brian Mc Cutcheon. Voir notamment les oeuvres de la 3e série : à mi-chemin de l'organique et de l'instrumental.

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/ 11 / 01 / 08 /

Cet extrait de 2001, L'Odyssée de l'espace de Kubrick : une plongée psychédélique dans le cosmos.

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/ 08 / 01 / 08 /

Chet Baker en 1956 et en 1987 en concert (et ici interviewé par Elvis Costello), un an avant sa mystérieuse chute de la fenêtre de sa chambre d'hôtel. J'ai toujours trouvé qu'il y avait quelque chose de proche dans la déconstruction physique de Baker et d'Artaud. Quelque chose de fascinant touchant à la possibilité d'une inversion radicale de l'expression faciale. Tsunami intérieur.

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/ 07 / 01 / 08 /

L'obscénité de la nature selon Werner Herzog.

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/ 05 / 01 / 08 /

Cet extrait de L'Humanité (1999) de Bruno Dumont.

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/ 04 / 01 / 08 /

En écho au texte de Genevoix ci-contre, ces photos, cet extrait de Carne de Gaspar Noé. L'histoire d'un boucher atrocement franchouillard.

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/ 03 / 01 / 08 /

Sur cette page de Youtube, l'ouverture d'Olympia de Leni Riefenstahl (1938). On trouvera sur cette autre page le dédut de Tiefland (1954), inspiré d'un opéra d'Eugen d'Albert.

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/ 02 / 01 / 08 /

Le photographe Michel Séméniako expose Exil, une série de clichés en noir, blanc et sépia, du 8 janvier au 15 février dans le Hall du Centre des bords de Marne (Le Perreux sur Marne). On peut découvrir quelques-uns de ces clichés sur son site personnel (rubriques travaux récents). "Un jour, en 2000, je découvre dans la presse l'image spectrale et verdâtre d'un groupe de clandestins, elle me bouleverse. Une mémoire familiale, jusqu'ici enfouie, fragmentaire et désordonnée comme un dépôt lapidaire, se trouve subitement réactivée par l'actualité. Cette image d'humains, traqués comme des bêtes sauvages par des caméras thermiques, exprimait la violence dominatrice des puissants, dotés d'une technologie sophistiquée, sur les misérables fuyant guerre et pauvreté. En utilisant un film infrarouge, je détourne cette technique "froide" de surveillance. J'en inverse le processus : la chaleur ne dessine plus une cible, mais exprime l'aura des corps vivants, leur énergie pour survivre." (M. Séméniako, préface du livre Exil, éd. Trans-photographic-press.) Une rencontre avec le photographe aura lieu le jeudi 10 janvier à partir de 19 heures.

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/ 01 / 01 / 08 /

Deezer.com est un site où l'on peut écouter de la musique gratuitement, sans téléchargement. Son catalogue, qui couvre les principaux genres musicaux, n'est pas énorme et il ne faut pas s'attendre à y trouver des raretés. Mais on ne boudera pas son plaisir. Un moyen de découvrir avant d'acheter qui ne se limite pas aux quelques secondes d'aperçu d'itune.

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