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Tous les vendredis, jarrivais au Castel Saint-Pierre, une grande bâtisse au bord de lEure. Je montais quatre à quatre les escaliers, impatient de découvrir ma nouvelle marionnette. Je la trouvais couchée sur mon lit, nattendant que ma main pour lanimer et la faire me saluer. Ensuite, nous avions le week-end entier pour faire connaissance. Je lemmenais dans le salon chinois, dans la pièce aux ivoires et peaux de tigre, dans le parc où nous longions les haies de buis. Nous bavardions assis devant la rivière, elle sur mes genoux, ma main bien au chaud en elle, tâtant létoffe dont elle était faite. Nous regardions méfiants la petite maison penchée abandonnée dont on mavait interdit lapproche. Je lui promettais que nous y rentrerions un jour, accompagnés du reste de la troupe, pour y jouer un spectacle héroïque. Invité à dîner chez des amis, je délaissai les habituelles fleurs pour une marionnette. Non pas une de ces figures du théâtre dombre balinais qui jettent leurs sorts à même les murs, mais un Gnafron ; je pensais égayer la soirée, la placer sous les auspices de Bacchus et dune convivialité bon enfant. La maîtresse de maison ne trouva rien à redire, par politesse du moins, car javais bien senti que le nez du bougre, dun rouge rubirosa, ne la comblait pas autant quune pivoine. Le dîner se déroula de la plus belle façon. Je me flattais intérieurement de ne pas y être étranger, jetant de temps à autre un coup doeil à mon complice lyonnais. Mais peu avant le dessert, on frappa à la porte. Nous nattendions personne mais un gendarme insistait pour entrer, une matraque à la main. Je ne peux franchir les portes de ce garage sans en ressortir entièrement remanié. Ils me voient venir, avec mon air inquiet de client échaudé. Ils minspectent en me tournant autour, notent scrupuleusement les traces dusure dont la vie ma gâté. Il ne faudrait tout de même pas que je leur impute ce que le temps ou dautres mont fait. Les niveaux sont bons cette fois. Jai de quoi rire, pleurer, jouir et fulminer pour de longs mois. Mais il est une pièce, petite mais ô combien précieuse, qui rattache la tête à la carcasse, et qui donne du mou, et mes disques, usés jusquà los. Cest quil était risqué de continuer à vivre ainsi. Marchant et courant dans linsouciance de la casse. Au début, je répondais poliment à leurs mails : non, ce nest pas moi, vous comprenez, vous confondez. Une lettre nous distingue et qui fait toute la différence. Je ne suis pas Romain Vergé : le 29 décembre 2006, jétais chez moi, je vous assure, à trimer sur ma feuille. Veuillez me croire, et puis jai des témoins. Cest lautre qui coupait la ligne darrivée après quarante jours, trois heures, quarante-cinq minutes et trente-huit secondes de rame solitaire. Mais un jour, alors que je siégeais à ma table, entre un poème à raboter et une côte de porc oubliée, figée dans la crème, jai décidé de me distraire un peu. Des gens, de plus en plus nombreux, se rappelaient à mon souvenir. On minvitait pour me reposer de mes exploits harassants et me refaire une santé. Nous avions été à lécole ou au collège ensemble, je navais quà passer les voir à Saint-Malo. Jy serais bien reçu, en champion et fils du pays. Alors jai laissé pousser mes cheveux, jai lâché ma plume et suis parti en me laissant passer pour lautre. Après tout, la Bretagne ne métait pas étrangère, jy venais souvent, enfant. Je naurais pas à faire beaucoup defforts. Et puis mes manières de rameur étaient-elles si différentes des siennes ? Sous mon front marqué d'un fort bourrelet osseux s'ouvre ma mâchoire énorme et saillante. Je n'ai ni yeux, ni nez, ni oreilles. Je suis un homme de goût. Mon petit front bas loge un cerveau à sa mesure, petite éponge de la taille d'une orange, qui boit, qui boit, qui boit. Phallus impudicus. Autres noms : oeuf du diable, satyre puant. "La chair est blanche, extrêmement légère, et répand à maturité, lorsque le champignon est sorti de sa volve, une odeur extraordinairement intense, que lon perçoit de très loin, horriblement fétide, cadavérique." (Encyclopédie des champignons). Ton cri venait de la terre, de cette terre plane et inculte dans laquelle tu étais né. Elle avait levé en toi, sétaient enflée, gorgée de ta bile. Petit être trop humain que bridait les constructions des tiens : clôtures, corails hurlant plus fort que toi. Tu venais là mesurer lampleur de ta peine à celle des champs nus. REMEDE : " "Ho ! Ho ! dit le médecin. Il va falloir fortifier tout ça. Ce quil lui faut à ce petit, ce sont des bains de sang, de sang frais. Il ira donc à labattoir." Aujourdhui, certains livres de poche nen nont plus que le nom. Jai découvert récemment quun ami écrivain qui voyage beaucoup en train nhésitait pas à casser en deux par la tranche ces opus intransportables. Libre à lui, après lecture et de retour à la maison, de recomposer à sa guise la plus improbable des bibliothèques. A Montreuil, sur le trottoir de gauche de la rue R... souvre un petit marché clandestin. Je lai découvert il y a cinq ans de cela, parce quà chacun de mes passages, au niveau du numéro 15, jétais pris dans un tel nuage de fumée de tabac, quil ne pouvait sagir que dune fumisterie. Alors un jour, pour en avoir le coeur net, jai poussé la lourde porte en bois du porche et me suis mêlé à la foule, étroitement massée entre les vendeurs ambulants, accroupis de part et dautre de létroit passage. Je ne pouvais marrêter tant on poussait, à laffût de je ne sais quoi, vers je ne sais quelle destination et il métait impossible de distinguer leur marchandise. Jessayais tant bien que mal de donner du cou et de la tête mais force était de reconnaître quon ne vendait rien ici de matériel, ni cigarettes à bon marché comme je lavais dabord pensé, ni petit électroménager, pas même des poignées de porte ou de fenêtre, fusibles ou pièces de rechange danciennes séries introuvables... Non, les vendeurs se contentaient de héler ça et là un chaland, de lalpaguer par le bras pour lui souffler quelques mots à loreille. Et lui alors de glisser au premier quelques pièces, de se fondre à nouveau dans le flux anonyme, dallumer une cigarette en tirant à grosses bouffées dessus, comme sûr davoir fait bonne affaire. Et à ce jour, je serais bien en peine dexpliquer les choses, sans que cela ne mempêche dy aller encore, parfois, dentrer dans le courant en tirant sur mon clope, avec des airs dinitié, dacheteur averti, ajoutant ma petite part à lair indébrouillable.
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Après les chutes de Skarbakka déjà évoquées ici, les vies en apesanteur de Denis Darzacq : voir les séries Hyper et La chute. Dans un tout autre esprit, Yves Marchand et Romain Meffre interrogent l'archéologie urbaine en photographiant des ruines contemporaines. Exposition de leur série "Movie Theaters : les palais oubliés du cinéma", du 31 / 01 au 12 / 03 à la Galerie Cédille, Paris 12e. Leur blog est également intéressant bien que rarement actualisé.
La correspondance Georges Perros - Vera Feyder, 1966 - 1977, récemment parue aux éditions La part commune.
"Animal logic" du photographe Richard Barnes.
Le site et le blog de James Jean pour découvrir son univers délicieusement dérangé.
A ne pas manquer : Le plus clair du temps je suis nue de Sophie Loizeau, du 16 au 27 janvier, à la Maison de la poésie. Mise en scène : Claude Guerre. Musique : David Lescot. Avec Anne Alvaro et David Lescot.
Le site de Brian Mc Cutcheon. Voir notamment les oeuvres de la 3e série : à mi-chemin de l'organique et de l'instrumental.
Cet extrait de 2001, L'Odyssée de l'espace de Kubrick : une plongée psychédélique dans le cosmos.
Chet Baker en 1956 et en 1987 en concert (et ici interviewé par Elvis Costello), un an avant sa mystérieuse chute de la fenêtre de sa chambre d'hôtel. J'ai toujours trouvé qu'il y avait quelque chose de proche dans la déconstruction physique de Baker et d'Artaud. Quelque chose de fascinant touchant à la possibilité d'une inversion radicale de l'expression faciale. Tsunami intérieur.
L'obscénité de la nature selon Werner Herzog.
Cet extrait de L'Humanité (1999) de Bruno Dumont.
En écho au texte de Genevoix ci-contre, ces photos, cet extrait de Carne de Gaspar Noé. L'histoire d'un boucher atrocement franchouillard.
Sur cette page de Youtube, l'ouverture d'Olympia de Leni Riefenstahl (1938). On trouvera sur cette autre page le dédut de Tiefland (1954), inspiré d'un opéra d'Eugen d'Albert.
Le photographe Michel Séméniako expose Exil, une série de clichés en noir, blanc et sépia, du 8 janvier au 15 février dans le Hall du Centre des bords de Marne (Le Perreux sur Marne). On peut découvrir quelques-uns de ces clichés sur son site personnel (rubriques travaux récents). "Un jour, en 2000, je découvre dans la presse l'image spectrale et verdâtre d'un groupe de clandestins, elle me bouleverse. Une mémoire familiale, jusqu'ici enfouie, fragmentaire et désordonnée comme un dépôt lapidaire, se trouve subitement réactivée par l'actualité. Cette image d'humains, traqués comme des bêtes sauvages par des caméras thermiques, exprimait la violence dominatrice des puissants, dotés d'une technologie sophistiquée, sur les misérables fuyant guerre et pauvreté. En utilisant un film infrarouge, je détourne cette technique "froide" de surveillance. J'en inverse le processus : la chaleur ne dessine plus une cible, mais exprime l'aura des corps vivants, leur énergie pour survivre." (M. Séméniako, préface du livre Exil, éd. Trans-photographic-press.) Une rencontre avec le photographe aura lieu le jeudi 10 janvier à partir de 19 heures.
Deezer.com est un site où l'on peut écouter de la musique gratuitement, sans téléchargement. Son catalogue, qui couvre les principaux genres musicaux, n'est pas énorme et il ne faut pas s'attendre à y trouver des raretés. Mais on ne boudera pas son plaisir. Un moyen de découvrir avant d'acheter qui ne se limite pas aux quelques secondes d'aperçu d'itune.


