/ parfois le bleu et autres poèmes /
/
diérèse / n°29 / 2005 /

 


Parfois le bleu
 

Parfois le bleu
parfois
le bleu du temps profond
de l’opale native
du sang des schémas
des veines
le vers arraché au permafrost
aux voix
réarticulables des assoupis

parfois le bleu du ciel se fraye
un chemin dans le marronnier qu’aussitôt
l’invasion de bleu du jour extasié m’adosse à la nuit engluante aux yeux de mouche
la saignée qu’elle fait !

mais il arrive que le noir soit dès l’aube
décidé obstiné obstinément décidé à ne rien
laisser passer par moi que
la langue pâlissante
la pelisse
des mots.

 

Chemin faisant
 

Sur le chemin qui mène
aux arriérées
aux gargarismes
aux cassures de la langue
aux voix
aux hampes
remontantes des péris
au seuil puant de la génisse

je veux dire l’antre

pour cela
je ne voudrais
lever la voix
que des plus douces bêtes
autant que dire se peut
autant qu’il en soit.

 

Quitte à trembler
 

Quitte à trembler
la nuit au bord de soi
ne rien savoir
de ce qui tout à coup
se dépliera

cela remue parfois
dans les coulisses
les muscles
à l’arrière-scène
de ma chair

mon parolier tapi
dans la trachée
comme un insecte
ouvrant
sa closerie.

 

Mon hôte
 

Depuis l’aube
attentif
au blanc qui progresse
émaciant le paysage
le jardin
déroulant
son grand écran
de lait partout

blanc l’hôte
de ma table
couvert de neige
qui se repaît
en silence
de mes reliefs

le toit de la véranda
cèdera peut-être
sous le poids du ciel
il n’y aura plus de limite au poème
plus de poème à la limite
il ne faudra pas fuir.

 

Demain
 

Demain
plus mince
plus oublieux
fin barbelé édenté
le chien aux yeux de gorgone
au bout de ta laisse

om au présent parfait
demain.

© romain verger