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/ depuis l'interview, Pauline kieffer a ouvert deux blogs : ici et /
 

Pauline Kieffer est de ces personnalités intrigantes qu’on trouve sur Facebook, sur le plus puissant réseau social du net, qui mise sur l’omni-transparence et le tout-partage des informations personnelles. Pour autant, Pauline ne nous révèle d'elle que peu de choses, se présentant comme une "Visionneuse toute-azymut", dont l’activité oscille entre "apprendre" et "désapprendre". Ses citations : "La beauté convulsive sera explosante-fixe, érotique-voilée, magique-circonstancielle, ou ne sera pas" d’André Breton et cette autre de Lewis Carroll : "Tout flivoreux vaguaient les borogoves ; Les verchons fourgus bourniflaient". Pas d’âge mentionné ni photo de profil. Enfin pas tout à fait, 350 photographies plus exactement, relayées par des affichages de statuts plus énigmatiques et poétiques les uns que les autres, qui rappellent les messages radio auxquels l’Orphée de Cocteau prêtait une oreille si attentive, au point d’en délaisser sa femme.


Intrigante parce qu’iconomane. Car à la différence d’un iconographe qui traque les images en vue d’illustration, Pauline Kieffer n’illustre rien, à moins qu’elle ne se livre tout entière dans cette collection vertigineuse d’images, récoltées ça et là, triées, classées en albums, une trentaine à ce jour dont on citera quelques titres : Cartonnier, Wonderland, Monomanie, The Belly Dancing, The Passing Body, Chapitre Collegial, Bréviaire, Tarantula, Flute Fruit, Tomato Juice... Une profusion d’images puissantes et remuantes où l’on peut retrouver ses affinités artistiques d’album en album : Claudio Abate, Cindy Sherman, Hans Bellmer, Claude Cahun, Bob Dylan, Allen Ginsberg, William Burroughs, E. Elias Merhige, David Bowie, Andy Warhol, Robert Mapplethorpe, Bill Viola… Photographies de leurs œuvres ou artistes photographiés dans leurs œuvres, images anonymes aussi, comme tombées des nues.


À défaut d’accéder à la totalité de sa collection, on s’en fera une idée en visitant sa page Myspace, sur laquelle elle a commencé à rapatrier plusieurs de ses albums. Merci à elle d’avoir accepté de nous présenter son travail, dans son idiolecte si particulier, cascadant sous nominalisation, féminisations, hapax et anacoluthes.

 

PAULINE KIEFFER : Avant tout, je ne sais si l’on peut vraiment parler de collection, à la nuance noble du nom comme ensemble non fini d’objets classés recueillis en raison de valeurs ; la mienne, elle (ainsi nous en dirons d’elle), fut amas puis réunion, mais ni investigation ni opération / choix / préparation-en-vue-de. De plus il ne s’agit que d’images virtuelles, de combinaisons de pixels de bits que sais-je, donc nuls biens en touche, nulles possèdes. Elle est amatérielle. Elle en est une fois. Elle est petite (voire finie) – comme d’ailleurs mon phrasé, raccourci anacoluthe frisant. 
Aussi, elle ne connaît pas franchement de commencement au sens d’état de point initial de départ de déclenchement d’une idée d’une envie de dérouler, en tant que premier. Elle n’a pas plus d’origine que d’aube. Peut-être ou plus tôt elle n’est qu’un début, qu’une amorce, une balbutie, mais sans éclosion, une continue en avance prémice mais qui reste une entrée, rien qu’une ouverture. Elle est issue de récoltes nombreuses et hasardeuses et d’un bout de moment, d’un trop plein d’images. Je veux dire que je n’ai jamais eu l’idée d’une collection en particules, seulement un jour de ménage et d’arrangement d’images toujours collectées au fil des visites dans le web, jamais cherchées pour mais trouvées ouh. Elle est la foudre en coup, unique sur la vive. Pas la prémédite. Elle est la suite simple, elle est au commencement, elle est avant d’être même, en lien en fil toutes ces images.
Il faut dire que je n’ai le web en main que depuis peu, un an en peine. J’en avais toujours été assez curieuse, de cet autre continent en découvert, plateforme parallèle et singulière. À la fois très intime et apersonnelle, privilégiale mais publique. Longtemps attendu, le demi couvert. D’abord — au vu restreint des quelques mauvaises adresses de mes incites – car un peu perdue au début dans le trop immense trop super trop universel doux bien limites et toupie, ne sachant où voir au premier — soit 'dans' (car c’est cela, s’immiscer, s’incruster, s’incarner en faux et mettre le nez) les lieux que mes guides m’indiquent me conseillent me recommandent ! tiens voilà enfin t’as vu le blog de Machine de Untel, des journaux intimes sans voile et en compétition du plus haut nombre de visite, pauvres insens et lamentins, tiens voilà enfin t’as vu inscris-toi sur Facebook quoi ! - d’abord je fus ennuyée et rassurée dans mon idée première du net moi-je en puissance démultiple exponentiel de la vie dehors et abandonne. Mais il y eut les déviances, les fourches et virages des coquilles lors de recherches au petit rectangle Gogol. Et le découvert d’un blog photo belge et les dérives et les commandes des 'liens externes' et les engrenages et les appétits. Et une fois au sein que l’on sait voir tout (immense), j’en fus alors vite emportée, agréablement ensevelie, sur prise de tout ces trop d’information, de ces inutiles de quotidiens et de très vu très près. Car j’ai faim. Faim de tout, toujours et trop. Je fus séduite des regards premiers en multiples tous offerts. Quand bien même bien quand même.

Alors les deux mots : éclectique et réconciliante. Hétéroclite aussi (mais au sens très large), hébéphrénique, aux pôles deux, en paradoxe et harmonie. Bon mix-shake électrique parfum fraise. Pas sucré-salé, aigre-doux. Mauve égout. 
Chacun des albums a sa ligne propre. Je ne pense pas à relier entre eux les tous, les différents, pas forcément. Je ne réfléchis pas. Sur le coup. Pas au moment de créer un nouvel album (au début en contrainte du quota de 60 éléments en maximum). C’est en sentant, en aiguisant, en voyant loin, que j’ai tissé liens et lianes. Soit ils présentaient de suite à la base à l’avance, soit à partir des bagages averses de mes stocks d’images ils en apparaissaient pour se coudre. Jamais il n’y en eut d’a-cousus en jachère nus. Mais évidemment ces lignes, aussi divergentes et courbées soient-elles, en convergent et se recoupent en unité, en une grosse en grossir (et c’est en cela, dans l’idée en à venir, dans l’intention du fil et non dans le nombre d’objet’ image, qu’elle est non finie, en finir, une avale en en avancement en mouvement, un dé-bu), en un fil rouge majeur : la construction et la déconstruction c’est-à-dire la recherche. Ainsi en trouvant sans chercher je recherche. Rechercher quoi ? l’harmonie, les opposés, la paix, le dérange, le paradoxe, les mêmes, le contraire, le changeant, le stable, le branlant, le déconvenable, les nouveaux, l’accord, les différents, les uniques, le plusieurs, la contradiction, l’immuable, l’altérable... où ? dans l’autour, dans les touts, les beaux, le laid, ces images, ces hasards, ces vies, ces histoires... C’est ce rouge qui tient ces albums au fil, sans les rassembler, mais à les conjuguer, les (em)brasser et à les dé-contenan-cer.

Il est vrai que je me perds trop dans cette activité qui n’en est pas une, au début. Jamais programmée jamais impliquée puisque non consciente, elle est même la conséquence d’un état passif : lors d’une période désœuvrée et ennuyée je cherchais à voir autre, à voir plus, à voir mieux, au moins près et au plus loin, partout pour tout. Je dirais alors plutôt action, acte pour servir ma nature contemplative. Action dévorante bien sûre puisque en mouvement, en constante évolution à tâtons. Le contact à l’image est d’autant plus dévorant qu’à force de surfer l’océan cybérial l’on se laisse emporter plus loin que les dé-rives, noyer presque. A nos dépens. Le net illimité débit haut ne montre qu’en espace, le temps s’y bug. En revanche, le travail de construction d’ensemble en album coule de lui-même : désceller des affinités des intérêts des accrochages entre les images part de soi – en moi - comme un lego avec œil, puisque dans l’immédiate dans la source. Cependant bien que le web soit un outil d’une très/trop grande diversité, je vois d’abord et surtout les livres d’art de photographies d’artistes de mouvements artistiques etc. pour un contact meilleur direct en contexte à l’image – non pas vers, elles 'apparaissent' au fil des visites des pages. Ainsi je traîne beaucoup dans les bibli-et médiathèques à consulter ouvrages plus divers les uns que les autres à référencer (pour plus tard retrouver plus sur le net, et prendre et approprier) sans franc but, ou celui de nourrir mon temps en connaître. Tout réside dans la récolte, je n’ai jamais de friches. Jusqu’à ce que mon stock ne soit entièrement exploité. Jusqu’à aujourd’hui. Ces temps derniers j’active davantage et me trouve face à un trop peu pour mon goût grandi : certains de mes derniers albums s’en voient pauvres voire maigres, comme en jachère laissés aux dés le temps que d’autres mêmes me trouvent. En m’attendant je dépars et cultive, ramassant averses, rien à voir, je ge-stationne aussi plus pour mieux aiguiser l’œil et affilier mes rouges en réfléchies.

 

R. V. : Pourquoi avoir choisi Facebook pour y héberger ces photos ? Vous auriez pu opter pour la forme du blog qui permettait tout aussi facilement de les classer par catégories, de les ouvrir aux commentaires, tout en élargissant leur visibilité ? Est-ce la viralité propre à Facebook qui vous a séduite, autrement dit le fait que chaque publication de photo gagne en visibilité par notification instantanée adressée à vos amis et réseaux qui ont d’une certaine manière toujours un œil sur vos photos et peut-être du même coup sur vous-même ?

P. K. : Pourquoi mon dévolu sur Facebook ? Ce n’est pas franchement un choix. C’est un faux arrêté. Rien qu’une faiblesse. Là où je me suis allée guidée. Par ailleurs, je connais mal les emplois de blogs. Même s’il semble facile d’en deviner le fonctionnement et malgré mes visites nombreuses, je leur préfère la paresse. Trop souvent incapable de bien finir, et ne tolérant pas non plus la friche, je crains ne pas savoir l’occuper, l’entretenir bien en régulière et le nourrir autant que moi. Impossible. Et dans un espace trop intime. Bien sûr ma trouvaille dans les images est une approche devenue personnelle, mais surtout voilée et dévoilée, en posture a-variante et a-profil. Mais pour créer un blog, il aurait alors fallu que j’eus l’idée, la démarche de me collecter et me publier. Or cette aventure s’est d’abord devenue en hasarde, puis construite alors dans un espace m’as-tu vu que voit-on réaction de l’im-média, en l’occurrence bleu. Ainsi, il se trouva que Facebook fut alors le premier endroit où je me suis laissée catapultée lors de mon arrivée sur le net. Pour me rendre compte de la génération cyber-communautaire à laquelle je suis sensée souscrier. Mais je ne laisse aucune trace. Que des bribes de moi(s) aux échos en imagées. Je m’implique peu. Ou trop. Dans aucun groupe d’anciens élèves, sans aucun ami réel, aucune classification ni information, mais dans trop, dans toutes les illustres que j’aime déplaire, de dos face ô profil. Mon profil muet. Mon autre trop mu en long-dit. Mon profil mute. En constante. Je n’ai rien ni ne dit plus. Ou trop. Comme tous mes silences dans la vie vraie, d’ailleurs. Ces absences sont aussi manière de (me) voir en blanc en dispense en vierge et en regard allège délesté de tout trop de toutes indications-in-formation susceptibles à jugement. Je suggère et imposte en ce bleu où tous est invité à trop dévoiler, tout dire de soi, jusqu’au plus loin de l’intime. Ce paradoxe exhibe –ou plus tôt cette énormité- cette impudeur trahivre me gênent. Tout comme ce pouvoir du bleu à épier toujours, à filer en pro, l’attentive l’affût en insu en dérobe en sein mal, ce profil, des pires half brothers. Quand bien même vue par "mes ‘amis' " ou ceux tous de "mon 'réseau' ". Non. La surveille des spions en guette reste à me déranger. L’œil de l’autre me froisse toujours, me faux plisse et me dommage. Comme dans la vie vraie. Mais il serf pourtant tellement.
Au début, il m’importait peu que d’autres internautes se voient témoins de toutes 'mes' images, puisque je marchais personnelle. Il me fallait trouver celles pour me plaire et déplaire afin qu’elles-mêmes me racontent. Pour qu’un jour je puisse (me) parler. Rien ne dit ou ne parle. Toutes racontent en simple et en leurs échelles propres à propos. A leur agencement, à leurs figures et formes mules, elles portent – pas un message ! un mouvement, une grossière, un rien en a-joute, des touts trop pour des bords déments ;  à guise- et s’en retrouvent juste-posées, brassées en et conjuguées en lie, à la narrative mention.

Or cette bleue fonction de notifier, a-guetter et a-vêtir, m’a plus tard aidée, tout de même. Je ne peux nier. Cette viralité rend capable de voir plus gros et d’alors découvrir d’autres regards d’autres liens d’autres artistes d’autres neufs d’autres autres – quand la toile de connaissance d’autours le permet. C’est ainsi, par ces chemins pré-orienté, ces liens et ces notifications que je suis tombée sur des albums, de véritables collections, de photos de mode, d’icones, et de scènes de cinéma, d’un de mes contacts bleus. Ainsi que j’ai commencé à poster toutes les miennes, puis d’organiser et tisser les contes. Facebook reste un outil, un virus bien précieux alors pour les découvertes et mises en relation. Je bénéficie alors en épanouie d’échanges inédits et en riches (à échelle), et montrer mes albums, devenus aujourd’hui davantage châssis pour œillade à curiosités déconte-dansantes, un 'travail' en réfléchie, permet à mieux faire voir différentes surprises.

 

R. V. : Cette question de la diffusion de votre collection me semble importante pour deux raisons : d’abord dans la perspective phénoménologique du touchant-touché dont parle Merleau-Ponty, vous questionnez aussi le regardé-regardant, la question du narcissisme propre à toute vision. Que souhaitez-vous montrer ? Des photos d’artistes divers ou bien une sorte d’autoportrait kaléidoscopique ? Et puis par votre pratique, vous donnez aussi constamment à voir tout en me donnant l’impression que chaque nouvelle photo que vous publiez participe aussi d’une certaine forme d’invisible, de jamais vu, de fantomal (fragments de corps ou évanescence et nébulosité des formes...)

 

P. K. : Cette exposition qui n’est ni née ni commencée s’est publiée un jour en entière et avalanche, irréfléchie en inconsciente. Jamais d’intention jamais de pensées. Jamais de narcisse. Et pourtant. Montrée en élan mal contrôlé. C’est le rebondi, la boule de neige en effet, l’inévitable dans cet espace tout-vu. Facebook est une narcisse-jumelle bleue. Tous s’exhibent s’en montrent et s’entre voient. Tous se scrutent s’en voient et s’entre témoignent. Côte à côte. Regardé-regardant, touchant-touché. Touché-coulé. Bien sûr. Et je me montre alors aussi, au danger. Danger du vu, danger de la vue des autres, danger de la vue de soi. Car si j’aime voir et revoir (le dehors -je me fous de la surface apparente (vraie ou fausse d’ailleurs) des 'vies' dans cet espace bleu), car si je n’aime pas que l’on me voie (dehors et dedans), car si je ne me vois pas consciemment narcisse, c’est moi que je montre. Des œuvres d’artistes avant tout, des images qui me brouillent surtout, mais par ces plaisirs ces beaux ce Laid ces décadanse etc. , mes goûts mes (é)mois mes touts mes parts. Partout. Dans chaque. Pour tout. Un tout de mes mois, de mes riens, pour un moi. En kaléidoscope. En fracture. En démoule. En accouple. En malaxe. Pourtant (et justement) toute en transparence et discrétion dans la vie vraie, une narcisse s’en veut naître peut-être aussi dans l’espace bleu. Alors comme les tous. Ici, le web sert (et ne sert qu’) à voir plus et à voir loin. De cette formule dérivée, par les images et non les indiqués, je montre moi aussi, quand même. Et montre tout, sans choix. Tout ce que j’ai sélectionné (parce que aimé ou non sur le moment de la trouvaille) au fil de mes visites incherchées ou par la suite provoquées (pour pénétrer mieux un artiste en particule) tout est ensuite publié. Rien n’est omis, pour le voir toujours plus. A l’affame. En évolue. L’autoportrait en long en large en vu en tout.
J’aime voir en im-pression, en a-formal. Il est vrai que je recherche beaucoup l’inouï (!) le dérangé(ant) le gel en gêne l’inédit incru. Le jamais-vu ? beau en peut-être. Comme un Magritte. Le verra jamais, aussi. Les celles qui donnent à voir vraiment autre. Les changeants les instables les informes les invisibles les fantasmagoriques les nébules les évanaissances les improbables les fluides et les minérales etc tous les inassouvis et inachevés en somme. Les en grandir et en formation, comme moi. En reflet en échos en parallèle. Ces psychés.

 

R. V. : On sent que votre univers est très marqué par le Surréalisme, par les puissances du rêve et de l’inconscient. En quoi vous importe-t-il et qu’a-t-il à nous apporter aujourd’hui ?


P. K. : Oui. Parce que c’est très vrai. Le seul vrai, celui de l’instantané du ressenti celui qui perd sens et vérité dès l’instant amas suiveur celui qui naît et meurt dans la même en parfait vrai celui qui ignore le faux avant celui qui devient son contraire en sûre et son bourreau propre celui qui ne s’est pas propre. Le Surréalisme oui le Surréalisme en large en tant que détourné aléatoire improuvable rocambolesque et problématique, est le premier unique à m’avoir réveillée en force. Car je dors beaucoup, toujours et trop. Il est ma paupière envole il est marque. Qui m’a fait trouver tout insipide et liquide, qui m’a démodelé le légitime.
Et pas que ‘il y a’ ‘il y a’ aussi le baroque trash artificiel enhumouré toutes décadences métamorphiques les déviances les déconvenances les méprendres les déranges les arranges... que j’aime et désaime. En constance. En infidèle. Toutes séries d’actes de création et d’efforts à libérer l’imagination, en somme. En combinaison. Ah et les rêves puissances ah et l’inconscient. Ils me certes fascinent, nous voir de tant capables en beau faux au sien autre !, mais jamais je ne cherche à les comprendre. Seule les goûter esthètes tiques les entendre voir sans traduction et à l’ailleurs les laisser. Aujourd’hui, peut-être peut-on considérer le Surréalisme comme dynamique et dialectique, dans sa pensée. Important indispensable voire essentiel pour et en chacun dans la société actuelle grosse ? Ne sais. Je ne cherche pas le Surréalisme dans sa pensée. Je ne cherche pas un courant d’ailleurs je ne cherche pas. 'Il y a' assez déjà. Dans les trops les pas assez les uns suffisants les gros les gras rats les pouvoirs petits les immédiates les ruptures les indivividuales les tous les uns... l’aujourd’hui est beau l’époque formidable dans ses contrastes ses sinusoïdalles ses va-s’en-va ses viens-et-tiens ses vains ses riens ses reins ses courbes ses seins. L’actuelle est une chienne caprice et c’est non bien ? Je n’en sais rien. Je sens en tout cas le monde très fou débordeur d’énormités, et dur. Tap ! tap ! Il y aurait alors matière à. Oui alors dans la vie quotidienne ? dans la confrontation avec la limitation des conditions sociales ? dans la pensée de l’effort de l’humanité pour libérer l’imagination comme un acte d’insurrection contre la société trop sécuritive ? trop trop pourquoi ne pas ? Peut-être pourrait-il nous apporter peut-être pas. Nous ne rêvons plus assez ? Nous ne rêvons plus ? Aliénons-nous et poussons jusqu’au fou pour de mieux ? S’il nous apporte il nous emporterait de lui-même. Il ne doit importer qu’à échelle. Il ne doit rien. Ni trouver soluce ni prouver malus. Laissons le mort à son orange. Je n’ai d’avis franche. Je suis désintéressée. Je ne le prends que par derrière. J’avale avale bois bois. A l’automatique. Je kiffe je clique. Sans s’écouter juste se voir.

 

R. V. : J’ai l’impression que vos photos peuvent se lire au regard de ce que vous résumez de vos activité : "apprendre et désapprendre". Autrement dit, qu’elles se situent à l’intersection entre une conception platonicienne de la beauté qui participe de la connaissance et quelque chose qui relèverait davantage du concept psychanalytique de "pulsion scopique" tournée vers le corps interne. La place que vous lui accordez, et que lui ont accordée les photographes que vous aimez, a plus à voir avec la laideur ou avec une sorte de vision, de sidération parfois macabre de contenus impensables.

P. K. : C’est drôle c’est vrai. Rare alors. ‘Mes’ photos sont bien sûr fruits découvrés fruits avalés de connaissances nourries. Toutes participes en digestion. Amas constitutes en âpres-tissages. A-prendre en désir en toujours en plus. Jusqu’à l’indigne geste. S’accroî(t)re au plus loin toujours au plus près des alentours aux microcosmes aux infinitives grandes aux riens des viens aux touts des corps, oui, mes en passionne en désinvolte désintresse. Défaire le fait et faire des. Pas refaire. Désapprendre mais pas laisser des. Ni céder. Décontexter les belles et déplacer mieux alors et neuf voir. Que ça. Je m’improvisionne et m’alimente d’elles en belles. Boulimique de la vue en pic. Pour me proprier prier au beau au trop. Les beaux en large contraires avares ris et couplés au Laid. Les pleins les vains l’endedans scrofuleux l’insûr les gênes les interdits sinistres les gauches lugubres l’impensé l’impansable, tous ces refoulés en beauté, le Laid enfoui me pulsent et j’aime les retrouver éruptes enfin. A n’en plus croire les œils. Sans satisfaire l’affame.

 

R. V. : Enfin, que pensez-vous de l’évolution de la question du droit d’auteur ? Il semble en effet aujourd’hui qu’il suffise de récupérer une image sur le net et de la bloguer pour se l’approprier, sans compter qu’on peut dorénavant rebloguer un message et diffuser et dupliquer ainsi à l’infini une image. C’est une pratique galopante — à laquelle je participe moi-même par mon blog — , mais la question ne cesse pourtant pas de me turlupiner. D’autant que j’imagine que pour le collectionneur, chaque objet ajouté prend une dimension toute particulière, qui devient une partie de lui-même qui n’a plus rien à voir avec l’altérité.

 

P. K. : Ce problème de doigt d’auteur me frustre beaucoup. Une trop grande quantité de 'mes' images récoltées reste anonyme sans références ou contexte daté parce que prises (volées ?) de blog en blog et accumulées du temps. Impossible pour moi de retrouver les rhabilles. Et cela me navre. D’abord parce qu’une image nue (que je sais pas tombée du ciel) sans titre sans signature sans signes sans contexte sans piste sans aucune indication pour mieux la lire, est tant de savoir en moins à ma nourre. Ensuite parce qu’elle s’en voit abîme edésensée, perdue et embêtée de ses droits. Je ne sais que penser de la question du droit d’auteur en évule. Je crois qu’elle est un problème parce que liée à celui de la diffusion des œuvres-images. Et du lieu. Et des supports. De savoir si et comment l’image est arrivée sur la plateforme cyber, consentée ou non, par biais de galeries ou de mauvais etc… Délicat face aux démultiples. Force du parallèle illégitime. Mais d’abord une évolution. Tout comme les supports changent. De plus en plus d’actes créatifs ne restent que fichiers électroniques, et chaque bien de collectionneurs de dimension aussi profonde soit-elle se calcule maintenant en Ko. KO ! Comment s’approprier alors de simples combinaisons de pixels ? Croire son histoire passée de blog en blog ? Se la dire sienne parce que dénichée dans un article sur les fouines et que justement ma bestiole fétiche, spécial coup de cœur parce qu’en lien avec la suite de mots ‘organisation ancien céramique’ ? Je crois qu’il n’y a pas de collectionneur de virtuelles. Trop altérées aliens pour accrocher. ‘Ne sais.

 

© 2009 / pauline kieffer / romain verger


 

/ pauline kieffer / iconomane /

/ "Car j'ai faim. Faim de tout, toujours et trop."/
/ interview /