/ le site de sylvie lécuyer / entropies /
/ 26-11-06 /

Le site de Sylvie Lécuyer vient d’ouvrir, un site de recherche, de création vidéo, plastique et littéraire qui s’articule autour de trois axes : Passage de la Trinité (un volet généalogique plus personnel), Des nouvelles de Gérard de Nerval (qui regroupe un certain nombre d’études sur l’oeuvre du poète) et Entropies, un ensemble de vidéos. Ce site est donc en chantier mais n’est-ce pas là ce qui fait l’intérêt d’un site, un chantier permanent, tant en construction qu’en déconstruction ? Et c’est de déconstruction qu’il s’agit surtout si l’on s’en réfère à la définition de l’entropie : régression des structures différenciées, dégénérescence à l'infini. "Lenteurs glacées", "Invasion du noir", "Petite pourriture safranée", "Du presque rien dans un peu d’eau" sont quelques-uns des titres retenus pour ces films qui sont des sortes de tableaux mobiles et sonores plus que des vidéos au sens traditionnel du terme. Nés de l’observation des phénomènes imperceptibles qui nous entourent, ils saisissent la paisible déliquescence des choses, organiques le plus souvent, leur douce agonie : la décomposition des feuilles, délitement de particules en suspension dans l’eau, croupissement, pourrissement des matières... Il y a dans cette attention portée au négligeable, aux infimes

/ décomposition cendreuse / © sylvie lécuyer /

variations de couleur, dans cette vision macroscopique du presque rien, quelque chose de l’infigurable de la mort dont parle Jankélévitch. La caméra est le plus souvent immobile, passive, purementréceptive, comme si l’auteur s’était retiré et qu’il ne nous donnait plus à voir qu’un "paysage avec figures absentes". Ces vidéos ne sont pas sans m’évoquer l’attention qu’un Jaccottet porte au jardin : "Avant que tu ne passes une bonne fois au nombre des fantômes, écris qu’il n’y a pas de plus haut ciel que cette source couleur d’herbe". Cette fascination entropique n’a rien de complaisant ni de totalement régressif : ces tableaux possèdent en effet une dynamique, fût-ce par décomposition, une énergie émanant de la prolifération d’une vie tapie et reculée.

© 2006 / romain verger
 

/ le site de sylvie lécuyer /
/ une critique de zones sensibles /