/ table des mots /
/contre-allées / n°15-16 / 2004 /
Le fil de la conversation
de souple se durcit
tend ses fragments
de mes lèvres
à tes lèvres
assouplies
de salive
qui enrobe
les mots
sassèchent
les lèvres
se contractent
se relâchent
se contractent
ensanglantées
comme les herses
de ta bouche
caillouteuse.
*
Des bocaux
par centaines
des bocaux rangés
empilés
par milliers
des bocaux de mots
de tous les jours
qui baignent
les uns avec
les mots
des autres
jours
assis
sur le siège
de lhiver
toute la vie
peut-être
à se tenir chaud
à se tenir
debout
à tenir
dans ma bouche
de houx
siège limpensé
laubépine
noyée.
*
À M. C.
On rirait bien s'il ne fallait se méfier du pâle cerne de la nappe
de la tache
qui se creuse
en son milieu
avalant tout
digérant tout
sauf l'angoisse
l'usure des voix
dans le dos
chuchote
chute
dans le silence
des broussailles
des orties
plus un mot
qui ne bascule
en décombres
sur
nos
restes.
*
Parfois
les mots
en moi
se tassent
font
de petits
pâtés
mais ce nest pas
du sable
ni le frotti
frotta
des fêtes herbues
ni le hachis
des chairs
aimées
pas même
les squames
du vent
qui nentre pas
ici
le bois
laisse
un peu
de lui
en moi
se défaisant
se dénouant
de larbre
épaississant
ma voix
grumeleuse.
*
À la table des mots
se bouscule
peu de monde
et je suis assis
à les compter
qui passent
entre les silences
comme une volée
détourneaux
seffraye
de peu.
© romain verger