/ pierre dhainaut et yasmina / visages de genèses /
/ atelier de l'agneau / 07-12-07/


/ diérèse / n°39 /


Partant d’un poème de Pierre Dhainaut, la plasticienne Yasmina a étiré le texte en une conception graphique associant ses oeuvres (dessins, peintures collages et photographies) : cinquante-trois pages au total, pour trois pages de texte initial. Sans doute parce que le poème interroge sa propre naissance et son difficile déploiement. Face à la tentation du silence, du renoncement ou du saccage ("on ferait mieux / de réduire en morceaux / cette feuille et de les jeter" ), le poète peut tenter d’émouvoir des particules élémentaires, bribes, syllabes à exhumer de la nuit et à laisser rêver. De même qu’à "se frotter les paupières, / on rend la nuit plus dense"), les phosphènes surgissant et peuplant le vide obscur, les syllabes puis les mots s’étirent, s’attirent et s’enflent : de l’âme à la lame, et bientôt la clameur enveloppe tout un rivage et le tableau prend forme, encore que ce ne soit jamais que provisoire, comme en rêve. Le poème de Dhainaut s’inscrit en effet dans un processus onirique d’associations d’idées, de coalescences de mots et d’images, de métamorphoses de la matière visuelle et verbale. Or, ce sont d’abord des visages qui émergent de la nuit : "arrachant les draps / trouant les parois, / ce sont comme des faces / qui se libèrent". On est proche de "la vie faciale" dont parlait Michaux, de cette "perpétuelle fièvre de visages" qui animait sa peinture. Car les monstres de Yasmina pullulent là aussi, sortis des parois des draps, d’une mémoire lointaine et indistincte, ouverte au multiple en soi, à l’indéfini "on". Ces créatures infamilières se multiplient dans les mots, entre les lettres, s’enfantent dans les bris de glace de la nuit spéculaire. Aussi le rêveur doit-il "apprendre à regarder / pour elles, commencer / à parler", à moins qu’il ne s’agisse pour lui de laisser parler la nuit.

© 2007 / romain verger /

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